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« Une femme sur trois souhaite se lancer dans l’entrepreneuriat en France. » tel est le résultat de l’enquête effectuée par Active France et BPI France1, réalisée auprès de 1023 personnes au début de cette année 2020.
Si ce sondage a fait beaucoup parler de lui, il n’est pas très évocateur, et ne fait pas réellement cas de la situation actuelle en France. Femmes et entrepreneuriat, où en-est-on exactement ?
Aujourd’hui, les femmes intègrent plus qu’avant les écoles de management, nous explique Ilham Ouzzani, co-fondatrice de Clic Partner et conseillère en management :
« Lors de mon MBA (Master of Business Administration) Digital en 2019, j’ai eu l’agréable surprise de constater que la promotion était constituée à 75% de femmes. C’est dire que l’innovation et les High Tech ne semblaient plus être un frein pour elles ! »Pourtant, il semble que devenir entrepreneuse reste un projet difficile à concrétiser, avec un taux de femmes créatrices plafonnant à 40 % depuis quelques années d’après le rapport de l’INSEE2 en mars 2019. Ilham Ouzzani dit ainsi :


« Bien que mon expérience valide les chiffres faisant état de 72% de femmes plus diplômées que leurs congénères mâles (de Bac+5 à doctorat), ils ne contredisent malheureusement pas pour autant ceux montrant que seules 10% d’entre elles vont un jour y entreprendre, soit à peine 1 sur 4.


Plus généralement, et alors que les – rares – entreprises dirigées par des femmes sont souvent plus rentables que les autres, celles-ci ne sont pas encore légion à oser l’entrepreneuriat : 3 femmes pour 7 hommes seulement font ce choix. Qu’est-ce qui nous freinerait donc ?


Au-delà des stéréotypes et idées reçues servies au biberon sociétal, les femmes entrepreneuses semblent encore peiner à trouver des soutiens, à attirer les bons investisseurs et à pallier la discrimination liée au genre souvent, quand ce n’est pas leur propre mindset qui leur impose plus de prudence, et provoque chez elles un besoin de se justifier et un manque de confiance en soi. Les chiffres progressent, certes, mais cette progression reste à encourager. »


La thématique d’entreprendre est donc souvent corrélée au problème de confiance en soi. Finalement, le plus ardu ne serait pas tellement d’entreprendre, mais de se donner toutes les chances de réussir. Nous pouvons nous inspirer en ce sens de Samira Elharouch, qui a créé il y a plus d’un an, son activité entrepreneuriale dans le domaine du recrutement.


«Je suis intimement convaincue que nous sommes maître de notre vie, de nos choix et de nos actions. Vivre l’instant présent, c’est la seule chose que nous contrôlons. Aujourd’hui, je dirige ma vie comme je l’entends, je suis complètement en phase avec ce que je suis et souhaite devenir… Cela n’est pas toujours évident, mais j’estime que cela en vaut la peine. La liberté est une richesse, elle met en lumière notre identité profonde et elle casse les codes, c’est ce qui me plaît.»


Samira Elharouch développe en parallèle son association destinée aux jeunes, en misant sur le développement personnel et la connaissance de soi, «incarne ce que tu es et deviens ce qui t’inspire»: finalement, ce sont les clefs pour se lancer dans l’entrepreneuriat !


«Certains diront que je suis un profil atypique, c’est faux. Je suis juste animée par mes convictions, juste moi, pas de faux-semblant, je me laisse guider par mon intuition. Si vous êtes convaincus de ce que vous êtes, vous devenez convaincant, et tout suivra. Cela est à la portée de tout le monde, peut importe notre vécu. L’avenir est à définir, il n’est jamais écrit.»


Le manque de confiance en soi n’étant évidemment pas réservé aux femmes ! Nastasia Time, co-fondatrice des ateliers «Et Après», permettant de se projeter dans le futur en s’inspirant des pratiques de Prospective et de Design Fiction, nous conseille de sortir de cette binarité homme/femme pour se libérer de nos barrières :


« Alors que je m’intéressais à la sémiotique pour construire des ateliers axés sur l’émergence de nouveaux futurs, ma collègue Julie m’a fait découvrir un outil, le rectangle de Greimas. Selon Wikipédia, ce rectangle consiste à représenter des concepts en binômes de termes opposés et contradictoires de type vrai/faux et non vrai/non faux. Cela a fait tilt en moi car cette conception est totalement libératrice, elle nous permet de dépasser une dualité enfermante.


L’entrepreneuriat féminin n’est pas uniquement opposé à l’entrepreneuriat masculin, il est à opposer à son propre contradictoire : le non-entrepreneuriat féminin. Et si une des clés de la diversité de l’entrepreneuriat résidait dans cette idée ? Qu’il n’y a pas de lieu commun où atterrir, pas de modèle à reproduire pour créer une startup quand on est une femme. Plutôt un chemin personnel afin de passer du non-entrepreneuriat à l’entrepreneuriat


Femme et entrepreneuriat: Où en est-on ? Un peu plus avancés qu’avant (40 % d’entreprises créées par des femmes en 2015, contre 38 % en 2014), un peu moins avancés que demain. Simple constat me direz-vous, mais toujours est-il que les entrepreneuses sont de plus en plus nombreuses. Les structures d’entrepreneuriat (BPI, France active, mais également la FCE – Organisation de Femmes Chefs d’Entreprises) vont également dans ce sens avec de nouveaux systèmes de primes et de récompenses :


« Je ne suis pas particulièrement adepte des structures et programmes exclusivement réservés aux femmes – ils confortent, selon moi, une certaine discrimination – mais ceux-ci peuvent être, dans certains cas, un bon tremplin pour faire appel à l’adrénaline entrepreneuriale et le potentiel en leadership caché des femmes, en les invitant à se dépasser sur tous les terrains, plutôt qu’à ménager leurs peurs inconscientes… Une situation de crise révèle souvent des compétences et des capacités ignorées jusque-là : La pandémie actuelle a d’ailleurs démontré que les pays qui semblent se sortir le mieux de la pandémie actuelle sont tous dirigés par une femme! Pourquoi pas les projets Entrepreneuriaux ? (Ilham Ouzzani


ALF.1 https://www.franceactive.org/non-classe/la-creation-dentreprise-une-motivation-reelle-pour-les-1femmes-qui-expriment-le-besoin-detre-accompagnees-pour-se-lancer/ Active France et BPI France fortement impliqués dans l’accompagnement à la création d’entreprise sur l’ensemble du territoire, se sont penchés sur la question de l’entrepreneuriat au féminin au travers d’une enquête réalisée auprès de 1023 personnes.

2 https://www.insee.fr/fr/statistiques/3741005